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Ce tableau (huile et collage sur toile mesurant 1,17 m X 0,87 m) a été peint par l'allemand Otto Dix (1891-1969) en 1920.

Il représente une scène de la vie quotidienne où des hommes jouent aux cartes. Ils sont assis autour d'une table à la terrasse d'un café. Les journaux allemands à l'arrière plan nous indiquent que la scène se déroule en Allemagne après la Première Guerre mondiale (1914-1918);

Le premier personnage, celui de gauche est un homme. On ne peut pas lui donner d’âge tellement sa peau est abîmée. Cet homme est disproportionné, il a une jambe de bois et joue aux cartes avec le pied qui lui reste. Le joueur dont la manche droite est vide, sort de sa manche gauche une main articulée avec laquelle il pose ses cartes sur la table. De son oreille part un tuyau qui lui permet d’entendre la conversation. Il doit avoir perdu l’audition lors de la guerre. Le second personnage, au centre, joue aussi aux cartes. Il lui manque une partie de la peau de la tête: il a été scalpé. Il a deux moignons à la place des jambes qu’il a perdues à la guerre. Si on regarde son corps on voit qu’il n’est fait que d’os, il n’a pas de peau. Ce personnage a un œil de verre et n’a pas d’oreille. Le troisième personnage n’a pas de jambe , il est posé sur une sorte de socle en fer. Contrairement aux deux autres personnages il a ses deux mains mais l’une des deux est articulée comme un robot et l'autre est aussi une prothèse. Au-dessus de son col officier, une prothèse tente de combler l’absence de mâchoire inférieure. Son articulation repose sur un système de poulies qui masque en partie, une large cicatrice de la joue gauche. Un assemblage de pièces en aluminium soutient sa lèvre inférieure fournie. L’extrémité du nez du joueur de droite est recouverte d’un bandeau en cuir noir noué autour de sa tête. La coiffure est soignée, l’œil et le sourcil du côté apparent semblent avoir été épargnés.  Il porte la croix de fer, décoration distinguant les combattants qui avaient eu un comportement héroïque lors d'un combat. 

Si on s’intéresse aux couleurs, on voit qu’il n’y a pas de couleurs vives. Toutes les couleurs tournent autour du verdâtre, noir, et bleu foncé. On voit aussi que les lignes du tableau sont très confuses. Elles sont toutes cassées.

Les joueurs de cartes mettent en évidence à la fois la violence infligée aux corps des combattants par la guerre 14-18 et les tentatives de reconstruction des corps par la médecine. Ces hommes sont des anciens combattants survivants mais mutilés. Surnommés les "gueules cassées", ils incarnent les séquelles de la guerre. En concentrant toute son attention sur les dégâts faits aux corps, Otto Dix montre que la guerre est encore présente dan l'après guerre: des millions de soldats blessés en portent les marques, rappelant aux civils restés à l'arrière les horreurs de la guerre. Le peintre critique la guerre en montrant ses conséquences dans la société.